Mon mari ne m’autorisait jamais à entrer dans sa chambre en pleine journée. Mais un après-midi, j’ai ouvert la porte malgré tout… et je suis restée figée.

 

Soudain, quelqu’un m’attrapa par-derrière.

Ses bras se refermèrent sur moi avec une force presque désespérée, comme s’il tentait de retenir une catastrophe imminente. Je me débattis de toutes mes forces.

— Victor, lâche-moi ! criai-je, la voix brisée par la peur et la colère.

Mais il ne céda pas. Au contraire, son étreinte se resserra.

— Faith… calme-toi… je t’en prie…

Sa voix n’avait rien de celle d’un homme pris en faute. Elle tremblait. Elle était fendue, presque suppliante.

Et cela me troubla encore davantage.

— QUI EST CETTE FEMME ?! hurlai-je en désignant le lit.

Il resta silencieux quelques secondes — des secondes qui me parurent interminables.

Puis, lentement, il relâcha son étreinte.

Je me retournai brusquement vers lui, les yeux brûlants de larmes.

— Tu vas m’expliquer. Maintenant.

Victor passa une main tremblante sur son visage. Il avait l’air vidé, épuisé… comme écrasé par un poids invisible.

— Ce n’est pas ce que tu crois…

— Ah oui ? Parce que ce que je vois, c’est une femme dans ton lit, avec MON pantalon — celui que j’ai caché il y a huit ans ! Tu veux que je pense quoi, Victor ?!

Il ferma les yeux.

— Ce n’est pas une femme.

Je restai figée.

— … Quoi ?

Il désigna lentement le lit.

— Regarde bien.

Mon cœur battait à tout rompre. Chaque pas vers le lit me semblait irréel, comme si je m’enfonçais dans un cauchemar.

Je m’approchai.

Encore.

Encore.

Puis je tendis la main… et touchai son épaule.

Froide.

Rigide.

Je reculai brusquement.

— C’est… un mannequin ?

Victor hocha lentement la tête.

Mais quelque chose clochait.

Ce n’était pas un mannequin ordinaire.

Il était trop… réel.

La peau. Les cheveux. La posture.

Tout semblait étrangement vivant.

— Pourquoi… pourquoi tu as ça ici ? murmurai-je.

Il garda le silence un instant.

Puis dit, d’une voix basse :

— Parce que je ne savais pas comment te le dire…

Il désigna le pantalon.

— Celui que tu avais caché… je l’ai retrouvé.

Mon souffle se coupa.

Huit ans.

Huit longues années que j’avais enterré ce souvenir.

— Tu… tu l’as trouvé ?…

— Oui.

Un silence pesant s’installa.

— Et avec lui… j’ai trouvé autre chose.

Mon cœur s’arrêta presque.

— Quoi ?

Victor se dirigea vers l’armoire, l’ouvrit, et en sortit une vieille boîte en métal.

Je la reconnus aussitôt.

Mes jambes vacillèrent.

— Non…

Il la posa sur le lit, à côté du mannequin.

— Je ne savais pas que tu avais gardé tout ça.

Mes mains tremblaient.

— Tu n’aurais jamais dû ouvrir ça…

— Alors dis-moi pourquoi, Faith ! s’emporta-t-il soudain. Pourquoi avoir gardé tout ça pendant toutes ces années sans jamais m’en parler ?

Les larmes coulèrent sur mes joues.

— Parce que… je voulais oublier…

Victor ouvrit la boîte.

À l’intérieur, des photos.

D’un autre temps.

D’une autre vie.

Moi.

Mais pas celle qu’il connaissait.

Une version plus dure.

Plus sombre.

Et sur ces photos…

Il y avait elle.

La même silhouette.

Le même visage.

Je reculai, horrifiée.

— Ce n’est pas possible…

Victor me fixa.

— Tu la connais.

Ce n’était pas une question.

Je tremblais.

— Elle… elle s’appelait Clara…

Le nom sortit comme un poison longtemps retenu.

— Qui est-elle ? demanda Victor.

Je fermai les yeux.

Et les souvenirs revinrent.

Brutaux. Inévitables.

— C’était ma meilleure amie…

Ma voix se brisa.

— Jusqu’au jour où tout a basculé.

Il resta silencieux.

— C’était avant toi… bien avant.

Je repris, difficilement :

— On faisait tout ensemble. Elle me connaissait par cœur… et moi aussi.

Je jetai un regard au mannequin.

— Elle me ressemblait déjà… Les gens nous confondaient.

Victor fronça les sourcils.

— Et ensuite ?

— Elle a changé.

Ma voix devint presque un souffle.

— Elle est devenue obsédée.

— Par quoi ?

Je le regardai droit dans les yeux.

— Par moi.

Un silence glacial tomba.

— Elle voulait être moi, Victor. Elle copiait tout. Mes gestes. Ma façon de parler. Mes vêtements… Elle s’est même teinte les cheveux comme moi.

Je tremblais.

— Au début, ça m’amusait… puis ça m’a inquiétée… puis terrifiée.

— Et ce pantalon ?

Je fermai les yeux.

— C’était le jour où tout a explosé.

Ma respiration s’accéléra.

— On s’est disputées. Je lui ai dit d’arrêter… de me laisser tranquille…

Les larmes coulaient sans retenue.

— Elle a ri.

Victor pâlit.

— Elle a dit que je n’étais qu’une version incomplète… et qu’elle allait devenir la vraie moi.

Je murmurai :

— Elle a essayé de me remplacer.

Le silence devint insoutenable.

— Cette nuit-là… elle est venue chez moi.

Je pointai le pantalon.

— Elle portait ça.

— Mais c’est le tien…

Je secouai la tête.

— Non. C’était le sien… Je l’ai pris après.

Victor hésita.

— Après quoi ?

Je restai silencieuse.

Puis, à voix basse :

— Elle est morte.

Il recula.

— Quoi ?!

— Ce n’était pas intentionnel… je te le jure… Elle m’a attaquée… elle disait que je devais disparaître…

Ma voix tremblait violemment.

— Je me suis défendue… et elle est tombée…

Un silence assourdissant.

— Elle ne s’est jamais relevée.

Victor passa une main dans ses cheveux.

— Et… le corps ?

Je baissai les yeux.

— Disparu.

— Disparu ?!

— Le lendemain… il n’y avait plus rien.

Un long silence s’installa.

Puis Victor regarda le mannequin.

— Alors… ça ?

Je frissonnai.

— Ce n’est pas moi.

— Je sais.

Il s’approcha du mannequin… souleva ses cheveux blonds.

Et là…

Je vis.

Une cicatrice.

Exactement au même endroit.

Mon sang se glaça.

— Victor…

Il recula lentement.

— Je ne l’ai pas acheté.

— Quoi… ?

— Je l’ai trouvé dans le placard.

Mon cœur manqua un battement.

— Tu mens…

— Non.

Soudain…

Un bruit sourd.

Nous nous figeâmes.

Le bruit venait du lit.

Très lentement…

le mannequin bougea.

Un doigt.

Puis un autre.

Je hurlai.

— Victor !!!

Il me tira en arrière.

— Ne t’approche pas !

Les yeux du mannequin s’ouvrirent.

Vides.

Mais vivants.

Une voix brisée s’échappa de ses lèvres :

— Faith…

Je tremblais.

— Non… ce n’est pas possible…

La chose tourna la tête vers moi.

Et sourit.

Un sourire que je connaissais trop bien.

— Tu m’as laissée…

— Tu es morte ! je t’ai vue mourir !

Elle éclata d’un rire glacé.

— Tu as oublié… je voulais être toi…

Victor serra ma main.

— Qu’est-ce qu’elle veut ?

Je murmurai, terrorisée :

— Ma vie.

La chose se leva.

Ses mouvements étaient saccadés… inhumains…

— Huit ans… murmura-t-elle. Huit ans à attendre… à apprendre… à devenir parfaite…

Elle me fixa.

— Et maintenant… je suis prête.

Soudain, elle se jeta sur moi.

Victor s’interposa.

— COURS !

Mais je ne pouvais pas bouger.

Elle se rapprochait.

Encore.

Encore—

Un choc sec.

Victor venait de la frapper avec la boîte métallique.

Elle s’effondra.

Silence.

Respirations haletantes.

— Elle est… ? demandai-je.

— Je ne sais pas…

Nous restâmes figés.

Puis…

le corps commença à se désagréger.

Comme de la poussière.

Comme si elle n’avait jamais existé.

En quelques secondes…

il ne resta rien.

Rien… sauf le pantalon rouge.

Le silence retomba.

Victor me regarda.

— C’est fini… ?

Je pris une longue inspiration.

— Oui.

Je regardai le pantalon.

Puis, pour la première fois depuis huit ans…

je le pris.

Et le jetai dans la cheminée.

Les flammes l’engloutirent.

Et avec lui…

le passé.

Victor s’approcha.

— Tu aurais dû me le dire.

Je hochai la tête.

— Je sais…

Il m’enlaça.

— Plus de secrets.

Je le serrai fort.

— Plus jamais.

Dehors, le vent soufflait doucement.

Et pour la première fois depuis longtemps…

je me sentais libre.

Vraiment libre.

 

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